Claudia Boesser | MADRID/EFE/CLAUDIA BÖESSER//HENAR FERNÁNDEZ lundi 19.08.2019
Certaines personnes sont porteuses d'une maladie infectieuse sans le savoir. La plupart de ces maladies sont asymptomatiques ou présentent des symptômes si légers qu'elles passent inaperçues. Faute de diagnostic, le risque de transmission à l'entourage augmente considérablement. Nous examinons quatre de ces maladies : la tuberculose, les hépatites virales, les infections sexuellement transmissibles et le VIH.
Photo EFE/ Ulises Rodríguez
Dans la rubrique « Carte des maladies » de notre émission de radio « Le Scalpel », les médecins de la Société espagnole des maladies infectieuses et de microbiologie clinique (SEIMC), Jaime Esteban, Federico García, Jordi Casabona et Esteban Martínez, nous parlent de quatre maladies infectieuses à forte incidence et de certaines avancées médicales.
La tuberculose, la maladie la plus mortelle au monde
La tuberculose demeure la maladie infectieuse la plus meurtrière au monde, causant plus de 4 500 décès par jour et plus d'un million de décès par an.
Selon le dernier rapport de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), l'incidence en Espagne est d'environ 15 cas pour 100 000 habitants, l'un des taux les plus élevés de l'Union européenne.
« On a parfois l’impression que la tuberculose est en train de disparaître et qu’elle n’existe plus dans notre pays. Mais c’est un problème de santé publique et il reste encore beaucoup à faire », déclare le Dr Jaime Esteban, médecin traitant au Département de microbiologie clinique de la Fondation Jiménez Díaz et secrétaire du Conseil d’administration du SEIMC.
Existe-t-il un remède ?
Malgré son taux de mortalité élevé, la tuberculose est une maladie évitable et guérissable. « Diagnostiquée précocement et traitée correctement, elle est guérie dans près de 99 % des cas », explique le médecin.
« Ces taux de guérison chutent considérablement, jusqu'à seulement 70 %, dans le cas de la tuberculose multirésistante », ajoute-t-il.
L’OMS indique que la tuberculose pourrait être éradiquée d’ici 2050. Le Dr Jaime Esteban considère qu’il s’agit d’un objectif « difficile, mais réalisable ».
« C’est un problème de volonté politique qui exige un effort coordonné au niveau international », conclut le médecin.
L'hépatite virale, une autre maladie infectieuse
Ces infections hépatiques sont causées par des virus qui, lorsqu'ils infectent les cellules du foie, provoquent une inflammation de celui-ci.
Chaque hépatite virale possède des mécanismes et des voies de transmission différents ; sa propagation dépend donc du type de virus et de la susceptibilité de chaque individu. Les virus de l’hépatite les plus courants sont les virus de l’hépatite A, B, C, D et E.
« Les progrès réalisés en matière de diagnostic et de traitement ont été essentiels. Des traitements très efficaces ont été mis au point, notamment pour l'hépatite C, qui guérissent 98 % des patients », souligne le Dr Federico García, chef du service de microbiologie clinique de l'hôpital universitaire San Cecilio de Grenade et membre du groupe d'étude sur les hépatites virales du SEIMC.
Combattre le sous-diagnostic
Dans la plupart des cas, l'hépatite est une maladie qui évolue sans symptômes et peut initialement passer inaperçue.
« Le nombre de personnes qui ignorent être atteintes d’hépatite virale est très élevé ; c’est là le principal problème. Le défi consiste à identifier et à diagnostiquer ces patients qui ignorent être malades », conclut le Dr Federico García.
IST : une épidémie silencieuse et dangereuse
Chaque jour, plus d'un million de personnes contractent une infection sexuellement transmissible (IST), selon les dernières données fournies par l'OMS, une organisation qui met en garde contre des chiffres qui n'ont pas diminué depuis 2012.
Il existe plus de 30 types de virus, de bactéries et de parasites qui se transmettent par contact sexuel.
Le principal problème est que les IST sont souvent asymptomatiques ou ne présentent que des symptômes très légers. De ce fait, une grande partie des 376 millions de personnes infectées ignorent être porteuses du virus.
« Cela augmente le risque de transmission de l’infection à d’autres personnes. C’est pourquoi il est nécessaire de renforcer la formation des professionnels et d’informer davantage le grand public », souligne le Dr Jordi Casabona, directeur scientifique du Centre d’études épidémiologiques sur les infections sexuellement transmissibles et le sida en Catalogne (CEEISCAT).
L'éducation sexuelle complète, une tâche inachevée
Selon le Dr Casabona, le défi qui reste à relever en matière d'IST est d'améliorer et de promouvoir une éducation sexuelle complète.
« En Espagne, nous avons un retard historique en matière d’éducation sexuelle, surtout par rapport aux autres pays d’Europe du Nord. On a beaucoup parlé du sida, mais il existe d’autres infections, comme la chlamydiose, qui, bien que moins graves et traitables, ont aussi des conséquences néfastes importantes », souligne le médecin.
Le médecin propose d'aborder l'éducation sexuelle de manière « large et transversale », en sensibilisant non seulement aux maladies infectieuses, mais aussi à la « contraception, à l'acceptation des différentes orientations sexuelles et à la santé mentale liée à ces questions ».
« De plus, les programmes de dépistage doivent être des services accessibles », conclut-il.
Illustration représentant un rapport sexuel entre humains. EFE/EPA/Friso Gentsch
VIH : avancées médicales majeures
Il y a trente ans, il semblait impensable de parler du VIH comme nous le faisons aujourd'hui. L'idée que le VIH, le virus responsable du sida, soit synonyme de mort appartient désormais au passé.
« Le VIH est un exemple des progrès médicaux considérables qui ont eu lieu. Il y a trente ans, nous n'avions aucune arme pour le combattre. Ceux qui en souffraient, outre la stigmatisation sociale, savaient qu'ils étaient confrontés à une mort certaine. Aujourd'hui, la situation a changé », souligne le Dr Esteban Martínez, consultant au service des maladies infectieuses de l'Institut clinique de médecine et de dermatologie de l'Hospital Clínic de Barcelone et président du groupe d'étude sur le sida du SEIMC.
Aujourd'hui, grâce aux traitements disponibles, le VIH peut être contrôlé mais pas éradiqué.
« Le traitement est maintenu indéfiniment et le patient devra s’habituer à l’idée qu’il devra se soumettre à des examens médicaux pour le restant de ses jours », ajoute le Dr Martínez, qui souligne qu’il existe de nombreuses personnes infectées sans le savoir.
Chemsex : une porte ouverte au VIH
Le chemsex est une pratique qui gagne en popularité.
Cela consiste à organiser des rencontres sexuelles, généralement en groupe, et à associer le sexe à la consommation de drogues chimiques.
Les participants consomment des drogues et ont des rapports sexuels lors de rencontres qui peuvent durer des heures, voire des jours. La perception altérée des risques due à la consommation de substances peut avoir des conséquences dangereuses.
« Les drogues contribuent à réduire la stigmatisation, engendrent une désinhibition et conduisent à des relations sexuelles multiples, ce qui représente un risque de transmission de différentes maladies infectieuses », avertit le médecin.
Dans : https://www.efesalud.com/enfermedades-infecciosas-avances-desaf%C3%ADos/

